Il y a à la fois chez Anne-Marie Renan une forme d’impatience ou même d’urgence dévorante et un plaisir presque enfantin des mains dans la matière, du lâcher prise, du geste qui fourmille au creux des paumes, ce geste qui insuffle l’énergie et vous traverse comme une nécessité de l’instant.

Chaque trace sur le médium se nourrit de la précédente pour donner l’épaisseur de ce qui va et vient, se resserre, s’intensifie, se relâche, s’échappe et revient. Le chemin est fait d’allers-retours. Les souvenirs ou expériences d’une forme, d’une cadence, d’un outil ou encore l’envie de retrouver la sensualité d’une texture s’insinuent alors librement dans le processus créatif, dévoilant une sismographie plus intime qui place le travail dans une démarche introspective, non pas comme une finalité en soi, mais en ce qu’il se nourrit d’empreintes et de ressentis évanouis.

Répéter, fouiller les gestes comme préparer les supports, les matières, sont nécessités quotidiennes et l’emportent par la puissance de leurs élans et des heures passées dans cette confrontation.

Ce qu’elle trouve lui apprend ce quelle fait et elle chemine alors d’instinct plus que de raison. Une énergie immédiate, presque physique, la mène à être plus directe, plus affirmative parce que peindre devient rapidement un besoin aussi tenace et exigeant que la faim ou la soif.